Culture et Vie infos

jeudi 5 juillet 2007

Des Vacances Culturelles

Des Vacances Culturelles

« Vacances » rime-t-il avec « culture »? A priori, non. Et pourtant...

Qu'allons-nous chercher dans les vacances? Interrogeons nos contemporains. Plus que de repos, il est souvent question de « coupure ». Un bon sommeil produit une bonne nuit, mais ne suffit pas à faire de bonnes vacances. Bien sûr, il faut se reposer, vivre à son rythme. Mais vivre aussi au rythme de ses attentes les plus profondes. Ces grandes espérances, les philosophes, dans la tradition d'Aristote (Ethique à Nicomaque), les ont rassemblées sous un seul mot : « bonheur ».

Le bonheur? Mot usé, mot creux, et pourtant si riche de potentialités variées. Le bonheur, c'est l'accomplissement de l'humanité, l'actualisation de son potentiel de joie, de douceur, de perfection, de vérité, de beauté, de spiritualité. L'homme trouve son bonheur dans tous les aspects de sa vie. Son travail, sa vie de famille, ses relations sociales, sa vie de prière s'il est croyant, doivent en constituer le fond. Mais il éprouve souvent, au milieu de cette vie ordinaire, comme une lacune ou un déséquilibre qui s'ajoute à la fatigue des jours.

Bien vivre les vacances, c'est y mettre le complément d'humanité qui manque au rythme trépidant de notre année de travail. « Humanité », avez-vous dit? Les « humanités »: un mot encore, mais cette fois-ci trop oublié. Il s'agit de l'étude des auteurs gréco-latins; ces hommes qui cultivaient un idéal d'équilibre, qui cherchaient à comprendre les passions et les défaillances de l'homme à la lumière de la raison, en fuyant les explications mythologiques et le sentimentalisme.

Ayons le courage, pour ces vacances, d'aller chercher dans notre bibliothèque, ou en librairie, un de ces « vieux auteurs » toujours jeunes. On les réédite sans cesse. L'Antigone de Sophocle : doit-on suivre la loi des hommes ou obéir à la volonté divine? « Je suis née pour partager l'amour, non la haine »... L'Iliade, avec ses merveilleux caractères de héros à la psychologie très fine : Hector prenant son petit enfant dans ses bras et versant des larmes sur les remparts de Troie, le vieux Priam venant réclamer en suppliant le corps de son fils sous la tente d'Achille... Saint Augustin, et ses émouvants accents de sincérité dans les Confessions, ou la fresque historique de la Cité de Dieu. Tacite et sa peinture au couteau d'une époque ambitieuse et violente, aux passions déchaînées.

Allons voir aussi du côté de ceux qui ont exploré, de notre temps, les tréfonds de l'âme humaine. Stefan Zweig a été édité récemment dans la collection « Bouquins »: La Pitié dangereuse évoque les risques d'un amour issu de la compassion, dans la lignée d'un Dostoïevsky (lire ou relire Crime et châtiment, pour une profonde leçon sur la conscience). Irène Némirowsky, juive russe de langue française, publiée récemment elle aussi, pour sa fresque intimiste de l'exode de 1940, Suite française. Et pourquoi ne pas relire, en parallèle, le Silence de la mer de Vercors?

Que lisent les enfants? Profitons de ce temps de vacances pour entrer dans leur univers, et découvrir Le Seigneur des Anneaux ou Narnia, belles oeuvres pleines d'humanité et d'imagination. Comment parler avec eux, les conseiller dans leurs lectures, sans partager un peu de leur monde et de leurs préoccupations? Rassembler la famille, corps et âmes, est un des grands objectifs des vacances: sachons ne pas le manquer.

Des vacances culturelles ne se limitent pas aux livres. Il est venu, le temps des cathédrales, et des châteaux, et des paysages, et même des bons vieux films de ciné-club. Visitons, explorons, découvrons notre patrimoine... ou celui des autres. La culture est partage, échange, découverte. Et parlons de ce que nous avons lu. Et écrivons: un roman, un article, ou... des lettres. Les lettres de vacances sont un objectif en soi: de belles lettres d'amour ou d'amitié, qui laissent une trace dans les âmes de l'auteur et du destinataire. Et finalement, jouons: jouer une pièce pour la famille ou pour un cercle d'amis, voilà une façon unique de s'approprier un auteur de théâtre. Et seules les vacances le permettent.

Lire les classiques de tous les temps, pour mieux se comprendre et comprendre les autres et l'univers... Visiter, parler, écrire, jouer : autant d'activités que suggèrent et accompagnent les livres, et un beau programme pour des vacances intelligentes et enrichissantes.

Silvestre BAUDRILLART,
Professeur de Lettres

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mardi 3 juillet 2007

Lire et grandir

l'heure du coaching

L’heure est au coaching. Le terme est emprunté au domaine sportif où « coacher » est synonyme d’entraîner un champion pour lui permettre de se préparer dans les meilleures conditions et donner le meilleur de lui-même les jours de compétition. Le coaching s’est développé dans le domaine professionnel, élaborant un ensemble de pratiques pour aider les personnes, confrontées à des changements dans leur environnement de travail, soucieuses de progresser ou de relever de nouveaux défis, à valoriser et utiliser pleinement leurs ressources personnelles. Aujourd’hui, le coaching envahit tous les secteurs de la vie quotidienne avec la multiplication de succédanés : coaching de vos enfants au moment de choisir une orientation, coaching déco, coaching de votre compte en banque, …

La littérature sur le coaching n’a pas manqué d’accompagner ces évolutions, d’abord spécifique puis diffuse, surfant sur la mode et sur une ambiguïté : le coaching part du principe que chaque homme est un « champion », qu’il possède en lui-même les ressources pour réaliser ses objectifs et qu’il s’agit essentiellement de l’accompagner pour l’aider à identifier et à mobiliser les ressources nécessaires. Le succès populaire du coaching, dans ses formes les plus commerciales, relève davantage du conseil individualisé, qui flatte l’ego, en susurrant au client qu’il est désormais unique mais qu’il aurait tort de faire seul ce qu’il pourrait faire avec le support d’un professionnel.

Mais il est un rapport sans doute plus intime que la littérature entretient avec le coaching, c’est l’art du coaching lui-même. Il semble qu’il soit devenu inconcevable de rester seul avec soi, de penser par soi-même et qu’il faille sur chaque sujet commencer par se faire guider, conseiller, accompagner. Pourtant, aux sources du coaching, il y a les grands auteurs, Aristote, Socrate, St Augustin…Les relire, c’est aller immédiatement à la source de l’art du dialogue et du questionnement, revisiter la démarche pédagogique et s’enrichir de la confrontation avec une pensée exigeante.

Au-delà, il y a surtout les ouvrages que l’on aime, les auteurs dont on apprécie la fréquentation. Peu importe le genre - poésie, roman, théâtre, histoire, philosophie,…- chaque livre est un voyage qui nous fait grandir.

Bertrand Fouquoire
Directeur de Equipaje

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mardi 19 juin 2007

La théorie des jeux

la théorie des jeux

L’économie est omniprésente dans la vie des hommes d’aujourd’hui. Elle structure notre vie plus que jamais car c’est la science des échanges entre les acteurs, et ceux-ci sont de plus en plus nombreux. La facilité des échanges du fait du progrès considérable des techniques de l’information de la dernière décennie ne peut que renforcer cette tendance.

Paradoxalement, les sciences économiques ne sont pas mieux connues du grand public aujourd’hui qu’hier, et la culture économique n’est pas aussi répandue qu’elle devrait être, notamment en France. Combien de personnes sont capables de citer spontanément deux ou trois noms de prix Nobel d’économie et ce qu’ils ont apporté à la science ? (Une liste des lauréats est disponible sur
http://nobelprize.org/nobel_prizes/economics/laureates)

La science économique a beaucoup évolué depuis le XIXème siècle. Si nous ne sommes plus dans une économie de pénurie, les déséquilibres entre des besoins en expansion continue et des ressources souvent limitées demeurent dans beaucoup de domaines et la façon dont les ressources sont allouées à leur utilisation constitue l’objet principal d’étude de l’analyse économique contemporaine. Si l’économie d’autrefois, dite classique, se rapprochait de la science politique et traitait surtout de la création de richesses, de la production et de la répartition des biens, la théorie économique d’aujourd’hui s’attache à chercher le moyen de rendre plus efficace l’affectation des ressources. Bon nombre d’inefficacités sont encore présentes dans nos sociétés : chômage, absence de croissance, pauvreté, pertes de bien-être dus à des monopoles ou des oligopoles, etc. Les propositions pour éliminer ces inefficacités matérielles sont l’objet de l’économie dite néo-classique et nombre d’économistes de la deuxième partie du XXème siècle s’y sont attelés (citons parmi les plus connus Gérard Debreu et Kenneth Arrow).

Parallèlement, le cadre de la science économique s’est élargi, lorsque des économistes tels que Stigler se sont aperçus que les inefficacités matérielles ne sont pas les seules à expliquer les dysfonctionnements des économies. Les inefficacités informationnelles sont souvent plus déterminantes. L’on comprend mieux les attitudes et les comportements des acteurs, lorsque l’on sait qu’ils ne disposent pas des mêmes informations et qu’ils n’ont pas les mêmes anticipations. A cet égard les marchés financiers tels qu’ils fonctionnent de nos jours sont de très bons exemples du poids de l’information (qui se doit d’être identique pour tous les acteurs) et des anticipations (qui sont parfois consensuelles mais qui par nature, ne peuvent pas être identiques).

La théorie moderne des anticipations se compose facilement avec une autre théorie très présente aujourd’hui dans la science économique. Il s’agit de la théorie des jeux. Développée notamment par Dixit et Stiglitz, elle a révolutionné l’analyse des interactions stratégiques en sciences sociales et particulièrement en économie. En s’appuyant sur les mathématiques, elle devient un outil très puissant pour mieux comprendre les situations de concurrence imparfaite, qui sont bien évidemment, beaucoup plus présentes dans le monde réel que celles de concurrence parfaite telle qu’elles étaient présentées dans la théorie classique.

Ces évolutions aboutissent au développement de capacités de modélisations des phénomènes économiques et à un accroissement sensible de la connaissance. Elles ouvrent aussi la voie aux tests économétriques et à l’intégration de nombreuses techniques appartenant aux sciences « dures ». Au même titre que l’on enseigne la physique, la chimie ou les sciences naturelles dans l’enseignement secondaire, il est certainement grand temps que l’on y enseigne aussi sérieusement la science économique et pas seulement les faits économiques. Un degré suffisant de compréhension est nécessaire pour se forger une opinion et exercer son esprit critique. Les décisions politiques ont souvent des impacts économiques qui se répercutent sur notre bien-être et nos modes de vie. Il n’est pas souhaitable pour nos démocraties que l’analyse et l’interprétation de ces impacts soient entièrement déléguées à des spécialistes, ou pire encore à des hommes politiques dont les intentions sont souvent biaisées. Certes il faut se résoudre à ce que certaines questions économiques ou financières soient l’affaire de scientifiques, à cause de leur technicité, de la même manière que pour d’autres sciences. Mais de même que personne n’a le droit d’ignorer les lois de la gravité, sauf à prendre des risques démesurés dans la vie quotidienne, aucun citoyen ne peut non plus s’exonérer de comprendre le monde d’échanges dans lequel il vit, sauf à vouloir s’exposer à devenir esclave de systèmes aliénants imposés par les plus forts.
(cet éditorial s’inspire d’un article de Radu Vranceanu paru dans Sociétal n°54).

Michel Baroni
professeur Ă  l'ESSEC

mercredi 6 juin 2007

2007 : année René Char

rené Char

« Vérité aux secrètes larmes
la plus offrante des tanières. »


Cette année 2007, nous célébrons le centenaire de la naissance de René Char. Ce grand poète, réputé hermétique, tout de « fureur et de mystère », enraciné dans son Vaucluse natal, mérite d’être lu. Sa poésie est concrète et juste. Il est de ces poètes que Pierre Emmanuel décrit « comme les murs nus de la maison, crépis de cris, de sel, de lèvres, de nuages, fondés sur l’infini des larmes et jetés à l’infini du ciel errant », accueillant avec noblesse et force la rude condition humaine…

La poésie remplit le cœur et enchante l’âme mais reste un mystère, une illumination. Ses mots sont les pièces d’or de notre langue, distribuées à tous, semées à tout vent, avec largesse, pour ceux qui veulent les ramasser. C’est un truisme de dire que toute véritable poésie naît dans la douleur. Aussi sonne-t-elle juste, parlant si bien aux hommes. Avec toujours ce même battement de cœur qui résonne dans l’univers, avec cette puissance de suggestion extraordinaire qui nous transporte au-delà des mots eux-mêmes, tentant de saisir l’homme dans son mouvement.

La dernière guerre aura été un terreau historique à la révolte de Char ; révolte énorme, superbe, terrible ; révolte contre l’absurdité, la bêtise, la lâcheté, la trahison, l’enfermement. La poésie fournit alors une enclave inattendue dans cet espace étouffant. « Nous sommes tordus de chagrin à l’annonce de la mort de G., tué dans une embuscade (…) Il portait ses quarante-cinq ans verticalement, tel un arbre de la liberté. Je l’aimais sans effusion, sans pesanteur inutile. Inébranlablement ».
Noué par une douleur coupante et digne, le poète est certain cependant que « dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la Beauté. Toute la place est pour la Beauté. », lui que la joie de vivre secoue comme un tonnerre…Homme blessé, pressé, fidèle…Et finalement cette définition lumineuse : « La poésie est de toutes les eaux claires celle qui s’attarde le moins aux reflets de ses ponts. Poésie, la vie future à l’intérieur de l’homme requalifié », homme qui embrasse tout, « conservateur des infinis visages du vivant ».

Tel fut, tel est René Char, marchant « les épaules comme un livre ouvert ».

Il est urgent pour l’homme d’aujourd’hui de relire René Char, il nous réveille de nos torpeurs de vieilles pierres jetées au ras du sol et nous élève dans un vol libre et lumineux. Ce poète nous apprend à réentendre la salve de la vérité, douloureuse sous l’aridité de nos habitudes. Dans notre France actuelle, il est besoin d’hommes debouts, de combattants comme Char, capables de nous faire entendre l’air de la liberté.

Jean-Paul Lebreton

mercredi 9 mai 2007

Livre libre

Livre libre

Dans un passage fameux des Confessions, saint Augustin raconte son étonnement de voir son maître Ambroise de Milan lire en silence, sans même remuer les lèvres. La plupart des hommes de ce temps lisaient, sinon toujours à haute voix, du moins en formant silencieusement les mots. Et Ambroise semble à ce point absorbé dans sa lecture que le jeune Augustin n'ose l'importuner par les questions qui pourtant l'assaillent.

La lecture silencieuse et immobile est entrée dans nos mœurs. Nous voyons des enfants plongés dans un livre, oublieux de l'agitation et du bruit qui les entourent, tels la jeune fille lisant de Vermeer. Et c'est pour nous la même révélation que pour Augustin surprenant Ambroise : le livre est la voie de l'intériorité, le chemin qui conduit l'esprit à rentrer en lui-même, à quitter un monde pour entrer dans un autre.

Il y a eu une première fois. La première fois qu'un livre nous a, littéralement, captivé. Peu importe qu'il s'agît d'un "bon", d'un "grand" livre, ou de quelque médiocre roman, d'un livre d'aventures ou d'une explication illustrée du système solaire, d'une histoire de France ou d'un recueil de poèmes. L'important est que l'expérience miraculeuse se renouvelle, d'individu en individu et de génération en génération. Il y a toujours la première fois qu'un livre emporte son lecteur dans un monde insoupçonné jusque là.

L'expérience est si particulière qu'il semble vain de vouloir convaincre quelqu'un de se mettre à "lire". Le mieux que l'on puisse faire est sans doute d'offrir un livre, et d'attendre. Peut-être le livre sera-t-il rangé sans être ouvert, oublié dans un coin pour longtemps. Un jour, pourtant, ce livre, ou un autre, sera pris, et la magie opérera, parce que le temps sera venu. La découverte peut attendre vingt, trente ou cinquante ans. Certains ne découvrent la lecture qu'à l'occasion d'un événement tragique: la guerre, ou la prison. Ceux-là, plus que tout autre, saisissent d'un coup la troublante affinité qui unit le livre et la liberté.

On entend parfois dire, aujourd'hui, que l'ordinateur va remplacer le livre. Après tout, l'Internet n'offre-t-il pas sans cesse davantage de textes "en ligne"? Même les fameux "grands classiques" ne se trouvent-ils pas à quelques clics? À quoi bon s'acheter un volume encombrant, relativement coûteux, et qui bien souvent ne servira qu'une fois, si l'on peut lire autant, et plus, en errant dans ce qu'on nous décrit comme "la plus grande bibliothèque du monde" — le cyberespace?

Vue bien naïve, pourtant, et bien superficielle. Se plonger dans un livre et parcourir un écran sont deux expériences qui, pour avoir chacune leur intérêt et leur dignité, relèvent de deux ordres différents. On va sur l'Internet pour chercher des informations; la lecture d'un livre opère une transformation du lecteur. L'écran est une fenêtre sur le monde extérieur: son bruit et sa fureur, bien souvent, mais aussi ses papotages et les horaires de train. On regarde son écran, regard tourné vers l'avant, les doigts actifs sur le clavier ou la souris. On cherche quelque chose. Un livre renvoie l'esprit à lui-même. Le lecteur lit penché vers son livre, tourné vers un monde intérieur. On ne cherche pas: on se laisse guider par ce qui est écrit, sans savoir où l'on va, jouissant seulement du plaisir d'être emporté sans faire un mouvement. Un enfant devant son écran ne fera jamais songer, me semble-t-il, à une toile de Vermeer.

Si le livre suscite et nourrit la vie intérieure, il n'en possède pas moins un étroit rapport à l'espace. Espace propre du livre, d'abord, qui procure au lecteur une liberté spécifique: celle d'aller et venir, de feuilleter, d'embrasser la page d'un coup d'œil, de conquérir, parfois dans l'effort, la science de s'orienter dans un livre, au point d'en maîtriser l'architecture intime. L'écran d'ordinateur n'offre pas cette liberté: il déroule le texte devant les yeux comme un antique rouleau, ne se prêtant vraiment qu'à la lecture linéaire — sinon à la recherche par "mot-clé", qui n'est plus de la lecture. La lecture "en ligne", bien nommée, restitue les contraintes d'avant l'invention du codex, du livre relié dont on peut tourner les pages.

Plus curieusement, le livre entretient également un étroit rapport avec le monde environnant. Au souvenir du "premier livre", nous sommes très souvent capables d'associer un lieu précis, une époque, une atmosphère. Et cela vaut encore pour les autres grandes expériences de lecture. Tel livre, achevé dans le train Limoges-Paris. Tel autre, lu jusqu'à l'aube, dans une chambre d'étudiant. Celui-ci, absorbé fébrilement avant un examen, et celui-là, qui nous fit rater la station de métro… Il y a des livres qu'on lit au lit, renouant avec l'enfance où la lecture en boucle de la belle histoire — lue par notre père ou notre mère — nous plongeait insensiblement dans le sommeil. Il y a des livres pour les transports en commun, d'autres pour les vacances, d'autres qu'on ne lit qu'à son bureau, le crayon à la main. Le livre nous révèle à chaque fois que la vie intime de l'esprit ne nous coupe du monde qu'en apparence: en vérité, elle nous taille dans le monde une clairière de liberté.

Vincent Aubin

mercredi 11 avril 2007

Redécouvrons les grands classiques !

Beatrix de Balzac

L’idée que notre littérature ne va pas bien fort, qu’il est temps de défendre vivement sa cause tient le haut du pavé en ce moment. « A quoi sert la littérature ? » se demande Antoine Compagnon, professeur au collège de France. Question récurrente, diront certains. « Notre français fout le camp » s’alarme un grand quotidien régional. Est-ce pour répondre à ces interrogations que notre ministre de l’Education signe une circulaire réhabilitant la leçon de mots et l’apprentissage du vocabulaire à l’école ? Y’a-t-il urgence à sauver cette belle langue, parlée par 250 millions de francophones, qui représente la neuvième communauté linguistique dans le monde ?

Comment transmettre ce merveilleux patrimoine, léguer aux plus jeunes une langue en bon état ? Trop de formes d’expérimentation verbales dans la littérature récente, mettant à mal le sens des textes, auraient-elles dégoûté les jeunes lecteurs ? Tzvetan Todorov voit dans cette désaffection « une rupture entre littérature et monde extérieur , une montée en puissance d’un courant littéraire nihiliste qui développe une vision d’un monde abominable… » alors que « …les ouvrages classiques, dont les auteurs étaient Gogol ou Dostoïevski, Balzac, Cervantès ou Shakespeare (…) nous aidaient à mieux comprendre la condition humaine, reconnaître le bien et le mal, enrichir le monde de sens et de beauté. La littérature nous amenait à mieux nous voir nous-mêmes et à nous transformer, elle nous aidait à mieux vivre ». (La littérature en péril, Flammarion).

L’avènement de l’Internet, outil préféré des nouvelles générations, signerait-il la mort de la langue ? Faut-il s’inquiéter de « certains prototypes des contenus du Web du futur où le texte s’y réduirait comme peau de chagrin jusqu’à son minimum incompressible, le « tag », stade ultime d’épuration, ou degré zéro du texte - selon les points de vue ». Qu’on se rassure : « c’est aller bien vite en besogne, et oublier que l’essentiel du contenu publié sur le Web et utilisé par les internautes est encore aujourd’hui du texte. Le texte n’est pas mort, loin de là. A lire ce livre blanc publié par la société Dixxit, intitulé sobrement “Référencement : la revanche du contenu”, la qualité éditoriale est plus que jamais à l’ordre du jour ». (source : http://mondeca.wordpress.com). Ouf !

Que dire enfin de ces élèves qui pensent que le français se limite à des examens sans voir qu’il accompagnera toute leur vie ? Car maîtriser la langue, c’est éviter le bricolage, les descriptions dépourvues de nuances, les analyses réductrices, les généralisations abusives, en un mot le « prêt-à-penser »… Pour contrer cette tendance, il existe de nombreux outils très bien conçus qui leur permettront d’apprivoiser les mots (Robert Brio ; le bon usage de Grévisse) ou les idées (Dictionnaire de culture générale de Frédéric Laupies).

Enthousiasmons-les pour les livres - quel plus grand plaisir qu’un bon livre, qu’on prend, qu’on pose et qu’on reprend et avec lequel on grandit – et comme Chesterton, ils apprendront à lire avec passion ! Chez Culture et Vie, chaque jour, nous essayons d’affiner la sélection d’ouvrages afin de vous proposer le meilleur de chaque écrivain…Une invitation à lire et à faire lire aux jeunes les grands classiques de la littérature !

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mardi 13 mars 2007

Peut-on débattre de la vie ?

au chevet des malades

Pas un jour ne passe sans qu'on nous invite à plus de respect pour notre environnement naturel. Nous avons joué à l'apprenti-sorcier avec la nature, croyant qu'elle se plierait éternellement à nos envies, et nous sommes aujourd'hui conduits à le regretter.

Ouvrir des débats sur la vie, n'est-ce pas s'ériger en apprenti-sorcier sur des questions qui sont tout sauf anodines ? Malgré les risques encourus, des groupes de pression profitent de chaque élection présidentielle pour relancer le débat : homoparentalité, euthanasie, expérimentations sur l'embryon, ... Tout y passe.

Tous, responsables politiques compris, sommes bien conscients que ces questions nous dépassent. Mais, avec les élections, nous sommes sommés d'avoir un avis sur la question, si possible différent de celui de nos aïeux.

Pour chaque situation de détresse existe une réponse qui n'est pas nécessairement dans un texte de loi. Cette réponse est dans les coeurs et de nombreux exemples montrent qu'il est possible d'inventer une société qui, plaçant la personne au centre, mettrait la solidarité nationale au-dessus de toutes les solutions de facilité. Car il est plus facile de faire des lois que de répondre avec humanité aux besoins exprimés par chaque personne. Il est plus facile de se débarrasser d'un parent malade que de lui témoigner son amour par des actes et des mots. Une étude récente montre qu'en France, une personne âgée sur trois passe des journées sans parler à quiconque.

Alors, faut-il débattre de ces questions ? Dans une société en perte de valeurs, il y a un risque à ouvrir le débat. Concernant l'euthanasie, des personnels de santé invitent à l'extrême prudence et rappellent les nombreuses promesses portées par le développement des soins palliatifs. Au sujet de l'homoparentalité, ce sont des professionnels de l'enfance qui tirent la sonnette d'alarme et exposent les multiples conséquences qui découleraient d'une telle évolution. au chevet des malades

Face à une vague de sentimentalisme exacerbé qui semble pouvoir briser les dernières resistances, les jeunes s'inquiètent de ce meilleur des mondes qui leur est préparé. Et comme ils aiment la vie, ils ont décidé de la célébrer de manière festive. C'est le sens de la Life Parade qui se déroulera le samedi 17 mars prochain à Paris. Une initiative intéressante qui nous dit : regardez comme la vie est belle et comme les hommes sont capables de s'entraider pour protéger les plus faibles et soulager les détresses de ceux qui souffrent. Allez-y faire un tour. Ce n'est pas le meilleur des mondes qu'ils nous proposent mais un monde plus beau.

Venons-en aux livres de la semaine. Pour comprendre les rouages des faux débats des groupes de pression, le livre Moralement correct de Jean Sévillia devrait vous éclairer. Sur l'homoparentalité, il ne faut pas passer à côté du livre de Xavier Lacroix La confusion des genres : vous verrez que ces évolutions viennent de théories absolument infondées et invalidées par les recherches les plus récentes (lire aussi à ce sujet Why Gender Matters de Leonard Saxe, en anglais). Sur l'euthanasie, l'excellent thriller d'Elisabeth Bourgeois Les assasins sont si gentils est à diffuser largement. Les réponses aux demandes d'euthanasie sont dans le livre de D Ledogar Au chevet des malades : lorsque l'on apprend à accompagner les malades, la souffrance prend un autre sens, et pour le malade, et pour les proches eux-mêmes.

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jeudi 1 mars 2007

Entrez dans l'univers Culture et Vie !

epi de ble

« L’âme des vieux soleils s’allume, emmaillotée dans ces tresses d’épis où fermentaient les grains ». Arthur Rimbaud

Allumer en nos cœurs et en nos esprits des soleils, tel est le pouvoir des mots, et des livres qui les contiennent. « L’âme d’un peuple réside dans sa langue » disait Goethe. Le langage de l’amour maternel façonne le petit enfant, les mots sculptent notre être. Aujourd’hui, dans le labyrinthe de la production littéraire où certains produits de qualité médiocre bénéficient d’une surmédiatisation, comment se donner une armature intellectuelle solide ?

Culture et Vie, créée par des gens passionnés, est née pour répondre à ce besoin. Aujourd’hui, les idées circulent à la vitesse de la lumière. Les défis lancés par l’évolution de nos sociétés exigent des solutions rapides et pertinentes.

Culture et Vie se propose d’identifier dans la production culturelle et éducative globale les produits (livres, dvd, bandes dessinées, jeux éducatifs) qui possèdent une véritable valeur ajoutée, en terme d’application pratique, de réflexion ou de qualité culturelle. La vraie culture rend l’homme libre et fait progresser l’humanité.

Culture et Vie en s’appuyant sur des valeurs partagées vous donnera des points de repère pour construire ensemble la société de demain. Parce que comprendre, c’est déjà créer.