Culture et Vie infos

jeudi 5 juillet 2007

Des Vacances Culturelles

Des Vacances Culturelles

« Vacances » rime-t-il avec « culture »? A priori, non. Et pourtant...

Qu'allons-nous chercher dans les vacances? Interrogeons nos contemporains. Plus que de repos, il est souvent question de « coupure ». Un bon sommeil produit une bonne nuit, mais ne suffit pas à faire de bonnes vacances. Bien sûr, il faut se reposer, vivre à son rythme. Mais vivre aussi au rythme de ses attentes les plus profondes. Ces grandes espérances, les philosophes, dans la tradition d'Aristote (Ethique à Nicomaque), les ont rassemblées sous un seul mot : « bonheur ».

Le bonheur? Mot usé, mot creux, et pourtant si riche de potentialités variées. Le bonheur, c'est l'accomplissement de l'humanité, l'actualisation de son potentiel de joie, de douceur, de perfection, de vérité, de beauté, de spiritualité. L'homme trouve son bonheur dans tous les aspects de sa vie. Son travail, sa vie de famille, ses relations sociales, sa vie de prière s'il est croyant, doivent en constituer le fond. Mais il éprouve souvent, au milieu de cette vie ordinaire, comme une lacune ou un déséquilibre qui s'ajoute à la fatigue des jours.

Bien vivre les vacances, c'est y mettre le complément d'humanité qui manque au rythme trépidant de notre année de travail. « Humanité », avez-vous dit? Les « humanités »: un mot encore, mais cette fois-ci trop oublié. Il s'agit de l'étude des auteurs gréco-latins; ces hommes qui cultivaient un idéal d'équilibre, qui cherchaient à comprendre les passions et les défaillances de l'homme à la lumière de la raison, en fuyant les explications mythologiques et le sentimentalisme.

Ayons le courage, pour ces vacances, d'aller chercher dans notre bibliothèque, ou en librairie, un de ces « vieux auteurs » toujours jeunes. On les réédite sans cesse. L'Antigone de Sophocle : doit-on suivre la loi des hommes ou obéir à la volonté divine? « Je suis née pour partager l'amour, non la haine »... L'Iliade, avec ses merveilleux caractères de héros à la psychologie très fine : Hector prenant son petit enfant dans ses bras et versant des larmes sur les remparts de Troie, le vieux Priam venant réclamer en suppliant le corps de son fils sous la tente d'Achille... Saint Augustin, et ses émouvants accents de sincérité dans les Confessions, ou la fresque historique de la Cité de Dieu. Tacite et sa peinture au couteau d'une époque ambitieuse et violente, aux passions déchaînées.

Allons voir aussi du côté de ceux qui ont exploré, de notre temps, les tréfonds de l'âme humaine. Stefan Zweig a été édité récemment dans la collection « Bouquins »: La Pitié dangereuse évoque les risques d'un amour issu de la compassion, dans la lignée d'un Dostoïevsky (lire ou relire Crime et châtiment, pour une profonde leçon sur la conscience). Irène Némirowsky, juive russe de langue française, publiée récemment elle aussi, pour sa fresque intimiste de l'exode de 1940, Suite française. Et pourquoi ne pas relire, en parallèle, le Silence de la mer de Vercors?

Que lisent les enfants? Profitons de ce temps de vacances pour entrer dans leur univers, et découvrir Le Seigneur des Anneaux ou Narnia, belles oeuvres pleines d'humanité et d'imagination. Comment parler avec eux, les conseiller dans leurs lectures, sans partager un peu de leur monde et de leurs préoccupations? Rassembler la famille, corps et âmes, est un des grands objectifs des vacances: sachons ne pas le manquer.

Des vacances culturelles ne se limitent pas aux livres. Il est venu, le temps des cathédrales, et des châteaux, et des paysages, et même des bons vieux films de ciné-club. Visitons, explorons, découvrons notre patrimoine... ou celui des autres. La culture est partage, échange, découverte. Et parlons de ce que nous avons lu. Et écrivons: un roman, un article, ou... des lettres. Les lettres de vacances sont un objectif en soi: de belles lettres d'amour ou d'amitié, qui laissent une trace dans les âmes de l'auteur et du destinataire. Et finalement, jouons: jouer une pièce pour la famille ou pour un cercle d'amis, voilà une façon unique de s'approprier un auteur de théâtre. Et seules les vacances le permettent.

Lire les classiques de tous les temps, pour mieux se comprendre et comprendre les autres et l'univers... Visiter, parler, écrire, jouer : autant d'activités que suggèrent et accompagnent les livres, et un beau programme pour des vacances intelligentes et enrichissantes.

Silvestre BAUDRILLART,
Professeur de Lettres

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mardi 3 juillet 2007

Lire et grandir

l'heure du coaching

L’heure est au coaching. Le terme est emprunté au domaine sportif où « coacher » est synonyme d’entraîner un champion pour lui permettre de se préparer dans les meilleures conditions et donner le meilleur de lui-même les jours de compétition. Le coaching s’est développé dans le domaine professionnel, élaborant un ensemble de pratiques pour aider les personnes, confrontées à des changements dans leur environnement de travail, soucieuses de progresser ou de relever de nouveaux défis, à valoriser et utiliser pleinement leurs ressources personnelles. Aujourd’hui, le coaching envahit tous les secteurs de la vie quotidienne avec la multiplication de succédanés : coaching de vos enfants au moment de choisir une orientation, coaching déco, coaching de votre compte en banque, …

La littérature sur le coaching n’a pas manqué d’accompagner ces évolutions, d’abord spécifique puis diffuse, surfant sur la mode et sur une ambiguïté : le coaching part du principe que chaque homme est un « champion », qu’il possède en lui-même les ressources pour réaliser ses objectifs et qu’il s’agit essentiellement de l’accompagner pour l’aider à identifier et à mobiliser les ressources nécessaires. Le succès populaire du coaching, dans ses formes les plus commerciales, relève davantage du conseil individualisé, qui flatte l’ego, en susurrant au client qu’il est désormais unique mais qu’il aurait tort de faire seul ce qu’il pourrait faire avec le support d’un professionnel.

Mais il est un rapport sans doute plus intime que la littérature entretient avec le coaching, c’est l’art du coaching lui-même. Il semble qu’il soit devenu inconcevable de rester seul avec soi, de penser par soi-même et qu’il faille sur chaque sujet commencer par se faire guider, conseiller, accompagner. Pourtant, aux sources du coaching, il y a les grands auteurs, Aristote, Socrate, St Augustin…Les relire, c’est aller immédiatement à la source de l’art du dialogue et du questionnement, revisiter la démarche pédagogique et s’enrichir de la confrontation avec une pensée exigeante.

Au-delà, il y a surtout les ouvrages que l’on aime, les auteurs dont on apprécie la fréquentation. Peu importe le genre - poésie, roman, théâtre, histoire, philosophie,…- chaque livre est un voyage qui nous fait grandir.

Bertrand Fouquoire
Directeur de Equipaje

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