rené Char

« Vérité aux secrètes larmes
la plus offrante des tanières. »


Cette année 2007, nous célébrons le centenaire de la naissance de René Char. Ce grand poète, réputé hermétique, tout de « fureur et de mystère », enraciné dans son Vaucluse natal, mérite d’être lu. Sa poésie est concrète et juste. Il est de ces poètes que Pierre Emmanuel décrit « comme les murs nus de la maison, crépis de cris, de sel, de lèvres, de nuages, fondés sur l’infini des larmes et jetés à l’infini du ciel errant », accueillant avec noblesse et force la rude condition humaine…

La poésie remplit le cœur et enchante l’âme mais reste un mystère, une illumination. Ses mots sont les pièces d’or de notre langue, distribuées à tous, semées à tout vent, avec largesse, pour ceux qui veulent les ramasser. C’est un truisme de dire que toute véritable poésie naît dans la douleur. Aussi sonne-t-elle juste, parlant si bien aux hommes. Avec toujours ce même battement de cœur qui résonne dans l’univers, avec cette puissance de suggestion extraordinaire qui nous transporte au-delà des mots eux-mêmes, tentant de saisir l’homme dans son mouvement.

La dernière guerre aura été un terreau historique à la révolte de Char ; révolte énorme, superbe, terrible ; révolte contre l’absurdité, la bêtise, la lâcheté, la trahison, l’enfermement. La poésie fournit alors une enclave inattendue dans cet espace étouffant. « Nous sommes tordus de chagrin à l’annonce de la mort de G., tué dans une embuscade (…) Il portait ses quarante-cinq ans verticalement, tel un arbre de la liberté. Je l’aimais sans effusion, sans pesanteur inutile. Inébranlablement ».
Noué par une douleur coupante et digne, le poète est certain cependant que « dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la Beauté. Toute la place est pour la Beauté. », lui que la joie de vivre secoue comme un tonnerre…Homme blessé, pressé, fidèle…Et finalement cette définition lumineuse : « La poésie est de toutes les eaux claires celle qui s’attarde le moins aux reflets de ses ponts. Poésie, la vie future à l’intérieur de l’homme requalifié », homme qui embrasse tout, « conservateur des infinis visages du vivant ».

Tel fut, tel est René Char, marchant « les épaules comme un livre ouvert ».

Il est urgent pour l’homme d’aujourd’hui de relire René Char, il nous réveille de nos torpeurs de vieilles pierres jetées au ras du sol et nous élève dans un vol libre et lumineux. Ce poète nous apprend à réentendre la salve de la vérité, douloureuse sous l’aridité de nos habitudes. Dans notre France actuelle, il est besoin d’hommes debouts, de combattants comme Char, capables de nous faire entendre l’air de la liberté.

Jean-Paul Lebreton